Ces derniers jours, le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) s’est offert une pub très controversée en déposant un préavis de grève auprès de la société Air France pour tous les week-end des mois de juillet et août. Donc pas de décollage d’avion, vacances au soleil annulées, drame affiché au journal de 13h par ces familles en colère. Voilà ce qui pourrait bien rythmer les prochains mois au chapitre social si rien ne se passe. Mais au juste, que demandent ces pilotes ? Leur revendication est-elle réalisable ? Reprenons.1. Que demandent les pilotes ?
Le SNPL proteste contre les nouveaux critères de représentativité syndicale instaurés par la loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail. C’est notamment le nouvel article L2122-1 du code du travail issu de cette loi qui est à l’origine du mécontentement.
Cet article prévoit que « dans l'entreprise ou l'établissement, sont représentatives les organisations syndicales qui satisfont aux critères de l'article L. 2121-1 et qui ont recueilli au moins 10 % des suffrages exprimés au premier tour des dernières élections des titulaires au comité d'entreprise ou de la délégation unique du personnel ou, à défaut, des délégués du personnel, quel que soit le nombre de votants » (à propos, lire notre précédent article « La démonstration (scientifique) de la représentativité syndicale en France »)
Il faudrait alors au SNPL réunir au moins 10% des suffrages exprimés par l’ensemble des salariés d’Air France. A défaut, le syndicat ne pourrait pas être reconnu représentatif. Partant, il ne pourrait pas désigner de délégués syndicaux ni négocier d’accords collectifs. Bref, il serait réduit à une simple existence à défaut d’être un contre-pouvoir.
Selon M. Smykowski, président du syndicat "A Air France, on compte 4 000 pilotes (sur environ 75 000 salariés). Même si un seul syndicat les représentait tous, il ne pourrait franchir le seuil des 10 % sur l'ensemble de l'entreprise. La catégorie sur laquelle repose, dans une compagnie aérienne, les plus lourdes responsabilités, en termes de sécurité, n'aurait ainsi plus de représentation syndicale".
La solution est toute trouvée pour le SNPL. Il faut créer un collège électoral spécifique au Personnel Naviguant Technique (PNT - nom juridique des pilotes de lignes) ; cadre au sein duquel serait calculé le seuil de 10% pour déterminer si un syndicat est représentatif ou non.
Après tout, cette revendication est légitime. Un syndicat peut en effet avoir pour unique but de représenter un seul métier, ce qui le différencie des autres confédérations bénéficiant forcément d’un pouvoir de représentation plus élevé en visant plus de catégories de salariés.
L’article L2131-2 prévoit en effet que « les syndicats ou associations professionnels de personnes exerçant la même profession, des métiers similaires ou des métiers connexes concourant à l'établissement de produits déterminés ou la même profession libérale peuvent se constituer librement »; à charge pour ses syndicats de pouvoir réunir le maximum de salariés.
A défaut, c’est un peu comme s’ils s’auto-excluaient de la possibilité d’être représentatif et de jouer un rôle de contrepouvoir dans l’entreprise. Paradoxalement, nous pourrions soutenir à décharge de ce genre de syndicat, que plus son objet est spécialisé, plus il aura une connaissance précise des préoccupations des salariés visés par ses statuts. A fortiori, pour les pilotes de lignes dont le métier est on ne peut plus original par rapport aux autres salariés de l’entreprise.
2. Leur revendication est-elle réalisable ?
Les pilotes de ligne croyaient en leur chance. Malheureusement, en mars dernier ils reçurent un coup dur lors de la discussion au Sénat d’un amendement visant spécialement la création d’un collège de PNT et qui avait été glissé au projet de loi dite « ferroviaire ».
Les sénateurs ont rejeté cet amendement qui prévoyait notamment que « Dans les entreprises de transport et de travail aériens ou leurs établissements, lorsqu'un collège électoral spécifique est créé pour le personnel navigant technique, est représentative à l'égard des personnels relevant de ce collège l'organisation syndicale qui satisfait aux critères de l'article L. 2121-1 du code du travail et qui a recueilli au moins 10 % des suffrages exprimés au premier tour des dernières élections des titulaires au comité d'entreprise ou de la délégation unique du personnel ou, à défaut, des délégués du personnel dans ce collège ».
Ne pas confondre vitesse et précipitation, c’est en ces quelques mots la leçon délivrée au sénateur Yves Collin, auteur de cet amendement, notamment par le sénateur Hervé Maurey qui, lors de la séance du 9 mars au Sénat, rétorquait à l’auteur :
2. Leur revendication est-elle réalisable ?
Les pilotes de ligne croyaient en leur chance. Malheureusement, en mars dernier ils reçurent un coup dur lors de la discussion au Sénat d’un amendement visant spécialement la création d’un collège de PNT et qui avait été glissé au projet de loi dite « ferroviaire ».
Les sénateurs ont rejeté cet amendement qui prévoyait notamment que « Dans les entreprises de transport et de travail aériens ou leurs établissements, lorsqu'un collège électoral spécifique est créé pour le personnel navigant technique, est représentative à l'égard des personnels relevant de ce collège l'organisation syndicale qui satisfait aux critères de l'article L. 2121-1 du code du travail et qui a recueilli au moins 10 % des suffrages exprimés au premier tour des dernières élections des titulaires au comité d'entreprise ou de la délégation unique du personnel ou, à défaut, des délégués du personnel dans ce collège ».
Ne pas confondre vitesse et précipitation, c’est en ces quelques mots la leçon délivrée au sénateur Yves Collin, auteur de cet amendement, notamment par le sénateur Hervé Maurey qui, lors de la séance du 9 mars au Sénat, rétorquait à l’auteur :
Si j’ai bien compris, l’amendement tend à instaurer un collège spécifique pour le personnel navigant technique, alors qu’il existait jusqu’à présent un collège pour le personnel navigant en général. [exact monsieur ! Article L342-4 du code de l’aviation civile]
Cela signifie que le personnel navigant commercial ne sera plus soumis, désormais, au statut dérogatoire : il sera placé dans la même catégorie que le personnel au sol. Pourtant, nous le savons bien, il n’est pas du tout soumis aux mêmes conditions de travail : le personnel navigant commercial peut ainsi travailler jusqu’à dix-sept heures par jour et il est soumis à certaines contraintes spécifiques.
La modification proposée au détour d’un amendement n’est donc pas anodine. De surcroît, le personnel navigant commercial représente 15 000 agents, alors que le personnel au sol en compte 50 000. Il éprouve donc la crainte d’être un peu noyé.
J’aimerais savoir si les personnels et les syndicats ont été consultés : la mesure a-t-elle fait l’objet d’une concertation ? Ne faudrait-il pas prendre le temps d’examiner ce point avec attention et sérieux ?
M. le secrétaire d’État évoquait tout à l’heure la nécessité de disposer d’un peu de lisibilité sur ces questions. Je crains qu’un amendement, que je n’oserai dire « à la sauvette », portant sur le secteur aéronautique, mais présenté dans le cadre de la transposition d’une directive relative aux transports ferroviaires, ne soit quelque peu léger, si je puis me permettre cette expression, lorsqu’il s’agit de changer fondamentalement les conditions de travail de 15 000 agents ».
Michel Billout n’était pas plus tendre :
Nous sommes en total désaccord avec cet amendement modifiant les règles de la représentativité syndicale sans aucune concertation avec les personnels concernés.
Alors qu’une loi portant rénovation de la démocratie sociale vieille de seulement quelques mois – elle ne date que d’août 2008 – modifiait déjà sérieusement la définition de cette représentativité, vous trouvez utile, concernant le personnel navigant, de changer une nouvelle fois ces règles.
Cette attitude nous paraît relever du mépris, parce qu’il s’agit d’un sujet sensible qui nécessite de dialoguer avec les syndicats et non de procéder par voie d’amendements adoptés en vitesse au détour d’une loi dont ce n’est pas l’objet principal ».
Et puis il a fallu voter :
(...)
« M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
M. Francis Grignon. , rapporteur. Défavorable.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Dominique Bussereau, secrétaire d'État. Avis également défavorable.
M. le président. Je mets aux voix l'amendement n° 36.
(L'amendement n'est pas adopté.)
(…)
Mais récemment, dans la presse, le gouvernement a rassuré en garantissant au PNT une représentativité syndicale spécifique. Toutefois, il semble que le Personnel Naviguant Commercial (stewards et hôtesses) n’ai pas reçu la même faveur ce qui s’explique très logiquement, selon le secrétaire d’état au transport M. Dominique Bussereau, par le fait que les syndicats représentants ces métiers (notamment SNPNC, UNAC) sont affiliés à des syndicats représentatifs et bénéficient donc de la représentativité eux aussi au titre de l’article L2122-2 du code du travail.
A l’heure qu’il est, aucune disposition n’a encore été prise en ce qui concerne la création d’un collège pour les pilotes. Mais quoiqu’il en soit, l’on voit aujourd’hui que dans toutes les hypothèses les uns ou les autres se feront entendre et que, finalement, la menace sera la même : la grève, donc pas de décollage d’avion, vacances au soleil annulées, drame affiché au journal de 13h par ces familles en colère.

