La Cour de cassation vient de rappeler un point crucial du droit du travail en France : tout travail mérite salaire (arrêt du 16 septembre 2009). En l’espèce, pour la réalisation d'un film à partir d'un scénario intitulé « Une journée ordinaire », la société « Les Films du Soulier » a embauché des techniciens et acteurs pour un tournage qui s'est déroulé du 15 avril au 24 mai 2003. La société a été dissoute à compter du 1er mars 2006 et les salariés ont saisi la juridiction prud'homale en vue du paiement de leur salaire.L’objet du contentieux se situait moins dans l’absence de paiement de salaire que dans le mode de paiement de celui-ci. En effet, les contrats de travail prévoyaient que « la rémunération qui […] était due serait versée sous la forme d'une mise en participation », c'est-à-dire que les techniciens et acteurs ne percevraient leur rémunération qu’à condition que le film marche bien.
Pour la Cour de cassation, il est clairement établi que « le versement d'un salaire constitue la contrepartie nécessaire de la relation de travail » et il ne peut être conditionné totalement par le succès d’un projet d’entreprise. Cela reviendrait à faire peser sur les salariés les risques de la société, c'est-à-dire l’aléa.
Aussi, la Cour de cassation casse l’arrêt du 15 janvier 2008 rendu par la Cour d’appel de Paris sur le sort d’un salarié monteur sur le tournage (une douzaine d’autres salariés ont été satisfait par l’arrêt d’appel) pour lequel la Cour d’appel, tout en ayant constaté l’existence d’un contrat de travail et du mode de rémunération particulier, avait conclu à l’absence de démonstration par ce salarié d’un « vice du consentement » ou de « dispositions illicites » dans le contrat qui, dès lors, « pouvait convenir que la rémunération […] serait versée sous la forme d'une mise en participation, présentant nécessairement un risque ».
Par conséquent, peu importe que le salarié ait accepté en toute connaissance de cause un tel mode de rémunération, il ne pouvait refuser d’être payé en cas d’échec du film.
Précisons enfin que le fait d’oublier de payer ses salariés est une infraction pénale sanctionnée par l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe soit 1500€ et 3000€ en cas de récidive (article R3233-1 du code du travail).



